Maintenant que vous savez qui prend les décisions, voici les prochaines étapes : quels sont les enjeux et que pouvez-vous faire à leur sujet?
Cette section présente trois des enjeux de sécurité routière les plus courants sur les routes canadiennes :
- Excès de vitesse
- Infrastructures routières dangereuses
- Conduite avec facultés affaiblies
Pour chacun de ces enjeux, vous verrez pourquoi ils sont dangereux et quelles solutions fondées sur des données probantes vous pouvez promouvoir dans votre communauté. En vous appuyant sur ces connaissances, vous saurez quelles données probantes présenter aux décideurs pour bâtir un dossier convaincant en faveur du changement.
À quoi ressemble un enjeu de sécurité routière
Un enjeu de sécurité routière peut être un endroit, un comportement ou une lacune dans les routes de votre communauté qui met la vie des gens en danger. Certains enjeux sont faciles à repérer, comme la conduite agressive, tandis que d’autres font partie du quotidien sans qu’on y prête vraiment attention, comme des marques de passage pour piétons effacées ou des trottoirs qui s’arrêtent brusquement.
Plutôt que de compter uniquement sur les personnes pour changer leur comportement, Parachute soutient des solutions qui améliorent l’ensemble du réseau de transport. Cette approche s’inscrit dans les principes de l’approche des systèmes sûrs et de Vision Zéro.
Les solutions aux enjeux décrits ci-dessous sont tirées directement de l’Alliance Accountability Toolkit, une ressource créée par l’Alliance mondiale des ONG pour la sécurité routière.
Proposer et promouvoir des changements précis fondés sur la recherche et les données probantes permet aux décideurs de mieux les planifier, de les mettre en œuvre, d’établir les budgets nécessaires et d’en faire le suivi par la suite.

Enjeu 1 : excès de vitesse
L’excès de vitesse est l’un des dangers les plus courants sur les routes canadiennes et également l’un des plus normalisés. Près de 70 % des Canadiens admettent avoir fait de l’excès de vitesse dans une zone résidentielle au moins une fois au cours de la dernière année, la moitié affirment dépasser régulièrement les limites de vitesse sur les autoroutes et une personne sur cinq affirme conduire fréquemment bien au-dessus de la limite affichée.
Pourquoi est-ce important?
Plus un véhicule roule vite, moins le conducteur a de temps pour réagir et plus l’impact est violent lorsque quelque chose tourne mal. Les collisions sont donc à la fois plus susceptibles de se produire et plus susceptibles d’être mortelles, et les personnes les moins protégées, celles qui se déplacent à pied, à vélo ou sur roues, en paient le plus lourd tribut.
Les données probantes
L’excès de vitesse contribue à une collision mortelle sur quatre.
La vitesse détermine aussi très souvent qui survit à une collision : un piéton heurté par une voiture roulant à 50 km/h est près de six fois plus susceptible de mourir qu’un piéton heurté à 30 km/h. Cette vitesse de 30 km/h est le seuil auquel les conducteurs peuvent encore s’arrêter à temps et les piétons peuvent évaluer un passage en toute sécurité. Au-delà de ce seuil, le risque de décès ou de blessure grave augmente rapidement, que vous soyez à l’intérieur ou à l’extérieur d’un véhicule.
Solution : réduire les limites de vitesse
Lower speed limits reduce the maximum legal speed on a road so that traffic moves at speeds Réduire les limites de vitesse permet d’abaisser la vitesse maximale autorisée sur une route afin que les véhicules circulent à des vitesses qui permettent aux personnes de survivre à une collision. Les recherches sur l’approche des systèmes sûrs indiquent les vitesses permettant de survivre selon le type de route :
- Zones à 30 km/h où les gens marchent, font du vélo, vivent et jouent, comme les rues résidentielles, les zones scolaires, les pôles de transport en commun et les centres-villes très fréquentés
- Zones à 50 km/h où des collisions latérales sont possibles, notamment aux intersections
- Zones de 70 km/h où des collisions frontales sont possibles
L’objectif de ces politiques est de faire en sorte que, lorsque des collisions se produisent, comme cela arrivera, les personnes impliquées puissent s’en sortir indemnes. Un panneau à lui seul ne peut faire qu’une partie du travail. Les limites de vitesse sont plus efficaces lorsqu’elles sont combinées à des mesures de contrôle de la vitesse, de modération de la circulation et d’aménagements pour les piétons, décrites ci-dessous.

Enjeu 2 : infrastructures routières dangereuses
Le contrôle de la vitesse est important, mais le danger vient parfois de la route elle-même. Souvent, il s’agit de dangers que vous côtoyez chaque jour sans vraiment y prêter attention. Il en existe de nombreux exemples :
- Des trottoirs inexistants qui obligent les gens à marcher dans la circulation
- Des passages pour piétons absents ou trop éloignés les uns des autres, qui incitent les gens à traverser ailleurs
- Des routes urbaines achalandées dépourvues de pistes cyclables protégées, où les cyclistes doivent rouler aux côtés de véhicules roulant à grande vitesse et se font régulièrement dépasser par des voitures
- Des intersections sans visibilité qui empêchent les conducteurs qui tournent de voir les piétons
- De larges rues dégagées qui incitent les conducteurs à rouler vite, peu importe ce qu’indique le panneau
Pourquoi ces dangers existent-ils? Les routes canadiennes ont à l’origine été conçues il y a des décennies dans un seul but : faire circuler les voitures le plus rapidement possible. Lorsque l’option sécuritaire n’existe pas, les gens se retrouvent contraints d’opter pour des solutions peu sécuritaires. Ce n’est pas la faute des personnes qui utilisent nos routes : c’est un problème de conception qui touche souvent davantage les personnes qui ont le moins de choix. Lorsque l’objectif est plutôt de rendre les routes plus sécuritaires pour que tout le monde puisse se rendre à destination, les décisions changent elles aussi. Lorsque l’objectif devient de rendre les routes plus sécuritaires pour que tout le monde puisse se rendre à destination, les décisions changent elles aussi.
Les données probantes
En 2023, les piétons et les cyclistes représentaient 17 % des personnes tuées sur les routes canadiennes, même s’ils ne représentent qu’une faible proportion des déplacements. Ces décès peuvent être évités grâce à des changements dans la conception des infrastructures routières. Lorsque les chercheurs testent ces changements de conception un par un, en évaluant les effets de chaque intervention sur la route, ils constatent systématiquement que les aménagements plus sécuritaires réduisent les blessures et les décès.
Solution : aménagements pour les piétons
Les aménagements pour les piétons sont les infrastructures de base qui rendent les déplacements à pied sécuritaires : des trottoirs et des sentiers physiquement séparés de la circulation, ainsi que des passages qui donnent aux piétons la priorité légale et une protection réelle. Ils sont nécessaires partout où les gens doivent marcher le long d’une route ou la traverser.
De bons trottoirs sont larges, lisses, exempts d’obstacles et conçus avec des aménagements accessibles aux endroits où ils croisent la route, comme des bateaux de trottoir, afin que tout le monde puisse les utiliser de façon sécuritaire et confortable, notamment les personnes qui utilisent un fauteuil roulant, une marchette ou une canne.
De bons passages pour piétons sont munis de feux indiquant la priorité, de plateformes surélevées et de bandes rugueuses ou de dos d’âne avant le passage, afin que les conducteurs remarquent les piétons et leur cèdent le passage. Les recherches montrent que séparer les personnes de la circulation est l’un des moyens les plus fiables de prévenir les décès et les blessures.
Solution : modération de la circulation
Traffic calming refers to changes to a road that force or encourage drivers to slow down to the La modération de la circulation désigne les changements apportés à une route pour obliger les conducteurs à ralentir ou les inciter à circuler à des vitesses appropriées. Les exemples de mesures physiques de modération de la circulation, qui modifient la conception d’une route pour obliger les conducteurs à réduire leur vitesse, comprennent :
- des saillies de trottoir
- des voies rétrécies
- des passages pour piétons surélevés
- des bandes rugueuses
- des dos d’âne
La modération électronique de la circulation, une approche plus récente, utilise la technologie numérique pour ralentir les conducteurs. Le contrôle automatisé de la vitesse (CAV), parfois appelé caméra de sécurité routière ou radar photo, est un type de modération électronique de la circulation. Ces caméras détectent automatiquement les véhicules qui dépassent la limite de vitesse affichée, photographient leur plaque d’immatriculation et envoient une contravention au propriétaire enregistré, ce qui décourage les excès de vitesse.
Ces mesures sont généralement mises en place dans les rues résidentielles, autour des écoles et partout où les conducteurs dépassent fréquemment la limite de vitesse affichée. Les recherches montrent que la modération de la circulation permet de réduire de façon fiable la vitesse des véhicules et, par conséquent, le nombre et la gravité des collisions.
Contrôle automatisé de la vitesse dans les zones scolaires de Toronto

Le gouvernement provincial de l’Ontario a interdit le contrôle automatisé de la vitesse (CAV) en novembre 2025. Avant cette interdiction, le CAV était de plus en plus utilisé dans la ville de Toronto, notamment dans les zones scolaires. Des chercheurs de SickKids et de la Toronto Metropolitan University ont cherché à mesurer dans quelle mesure ces caméras permettaient de ralentir les conducteurs en comparant les vitesses avant et après l’installation de caméras dans 250 zones scolaires. Les résultats étaient frappants : le nombre de véhicules en excès de vitesse a diminué de 45 %, et les vitesses habituelles ont diminué de près de 11 km/h. Les cas d’excès de vitesse les plus importants ont eux aussi presque disparu, avec une diminution de 88 % du nombre de véhicules roulant à plus de 20 km/h au-dessus de la limite. Malgré ces données probantes claires, les caméras ont été désactivées. Les données probantes, elles, n’ont pas disparu, pas plus que les personnes qui y croient. Elles montrent que des rues plus sécuritaires sont à notre portée et que ces changements peuvent durer lorsqu’il y a des personnes comme vous, prêtes à faire entendre leur voix.

Enjeu 3 : conduite avec facultés affaiblies
Safe speeds and safe roads both help, but they can only do so much when the person behind the wheel isn’t in a state to drive. Impaired driving means getting behind the wheel after drinking, Les vitesses sécuritaires et les routes sécuritaires contribuent toutes deux à améliorer la sécurité, mais elles ne peuvent faire qu’une partie du travail lorsque la personne au volant n’est pas en état de conduire. La conduite avec facultés affaiblies consiste à prendre le volant après avoir consommé de l’alcool, du cannabis ou d’autres drogues. Le problème est plus courant qu’on pourrait le croire :
- Un conducteur qui a pris quelques verres et qui pense être suffisamment en état de conduire pour le court trajet jusqu’à la maison
- Un groupe qui quitte une fête parce que le dernier autobus est déjà passé
- Une personne qui a consommé du cannabis et qui pense que cela n’a aucune incidence sur ses capacités de conduite
Voilà les situations du quotidien dans lesquelles la conduite avec facultés affaiblies se produit. Les facultés affaiblies ralentissent le temps de réaction, nuisent au jugement et donnent un faux sentiment de confiance. C’est dangereux, peu importe la vitesse, et cela met toutes les personnes qui circulent sur la route à risque..
Les données probantes
La conduite avec facultés affaiblies est l’un des principaux facteurs à l’origine des collisions graves sur les routes canadiennes. Elle touche particulièrement les jeunes : parmi les conducteurs âgés de 16 à 24 ans qui sont blessés dans une collision, près de la moitié obtiennent un résultat positif à un test de dépistage de l’alcool, du cannabis ou d’autres drogues. Et le danger est souvent sous-estimé. Certains consommateurs canadiens de cannabis pensent qu’il est acceptable de conduire après en avoir consommé, même si le cannabis rend plus difficile le fait de réagir à temps, de rester dans sa voie et de maintenir une distance sécuritaire avec le véhicule qui précède.
Solution : modes de transport de rechange
L’un des meilleurs moyens de prévenir la conduite avec facultés affaiblies est de veiller à ce que personne ne se sente obligé de conduire en premier lieu. Cela signifie offrir de véritables solutions de rechange qui sont disponibles lorsque les gens sortent, comme des autobus et des trains qui circulent tard le soir et des services de covoiturage abordables. Lorsque les villes rendent ces options abordables, pratiques et sécuritaires pour la personne moyenne, moins de conducteurs dont les facultés sont affaiblies se retrouvent sur les routes.
Promouvoir ce type de services dans votre communauté offrirait à tout le monde un moyen de rentrer chez soi sans mettre de vie en danger. Il est également essentiel d’encourager vos pairs à prévoir leur retour en toute sécurité avant de consommer de l’alcool ou des drogues, notamment en désignant un conducteur.
Les interventions sont plus efficaces lorsqu’elles sont combinées
La réduction des limites de vitesse, l’amélioration des passages pour piétons, la modération de la circulation et les moyens de transport sécuritaires pour rentrer chez soi s’attaquent chacune à une partie différente du problème. Combinées, ces mesures rendent nos routes beaucoup plus sécuritaires.
C’est l’un des principes fondamentaux de l’approche des systèmes sûrs : aucune solution n’est parfaite, alors nous mettons en place plusieurs niveaux de protection. Si une mesure de sécurité ne permet pas d’éviter une collision, une autre peut réduire le risque qu’une personne soit tuée ou grièvement blessée. Une limite de vitesse réduite fait baisser les vitesses, des voies rétrécies incitent les conducteurs à ralentir pour se sentir en sécurité, un passage pour piétons surélevé les oblige à s’arrêter pour laisser passer les piétons et une piste cyclable protégée tient les cyclistes complètement à l’écart de la circulation.
Ensemble, ces mesures rendent les routes plus sécuritaires pour tout le monde. Alors, lorsque vous vous mobilisez, pensez à combiner plusieurs solutions plutôt qu’à n’en proposer qu’une seule.
À retenir : cette liste n’est pas exhaustive, mais plutôt un point de départ
Les interventions présentées ci-dessus sont fondées sur des données probantes et méritent d’être défendues, mais cette liste est loin d’être exhaustive. Considérez-la comme un point de départ : au bout du compte, c’est votre démarche de mobilisation.
La solution que vous souhaitez promouvoir figure peut-être dans cette liste, ou il s’agit peut-être d’une autre mesure de sécurité routière fondée sur des données probantes. Il existe bien d’autres possibilités, et vous pouvez les découvrir par vous-même.